Zenzile – Berlin

Il est des albums qui, à la première écoute, ont tendance à dérouter, à surprendre, si bien qu’on ne sait par quel bout les prendre. Objet musical exigent et complexe, le récent « Berlin » de Zenzile fait partie de ces disques-là. Un album concept. Une musique inspirée de Berlin : la symphonie d’une grande ville (titre original : « Berlin: Die Sinfonie der Großstadt »), film muet des années 1920 réalisé par le cinéaste allemand Walther Ruttmann et présenté en live au format ciné-concert.

Il fallait donc découvrir le projet dans son ensemble pour l’appréhender au mieux. Quelle meilleure façon de le faire que d’aller voir directement le groupe sur scène lors de la première soirée parisienne du Télérama dub festival, qui, pour sa 12ème édition démontre une nouvelle fois une volonté d’exigence dans la sélection des artistes de sa programmation.
Non seulement le choix de salle qu’est le Nouveau Casino était bon, mais l’invitation de The Resonators pour partager l’affiche avec les Zenzile était également judicieuse.

La formation anglaise, assez peu présente dans nos contrées distille un reggae dub d’une efficacité redoutable sur scène. Le duo basse-batterie, véritable colonne vertébrale du groupe, prend une autre dimension en live. Le chant, assuré par un duo féminin parvient, malgré quelques inégalités, à mêler intonations soul et influence trip-hop qui confère à l’ensemble une touche d’originalité planante. Le tout est agrémenté par une section cuivre impeccable.
Les anglais réussissent aisément à enthousiasmer un public, venu en nombre, qui réagit allègrement à la fin de chaque morceau du set qui durera un peu plus d’une heure.

Changement de plateau. Un écran blanc descend lentement et vient cacher le nom de la salle présent en fond de scène.
Les musiciens de Zenzile sont en place, le ciné-concert peut commencer.
Ce qui frappe d’entrée, et ce qui était déjà déroutant à l’écoute du disque, c’est le virage musical pris par le groupe par rapport à son précédent opus. Les inspirations jamaïcaines sont de moins en moins audibles, seuls quelques effets, chers aux maîtres du dub, subsistent. C’est rock, implacable, et urbain. La musique accompagne de façon admirable le film projeté, suit le rythme soutenu imposé par la multitude de plans de Walther Ruttman pour en faire un œuvre hypnotique et résolument moderne.
24h dans Berlin, voilà le projet du cinéaste qui démarre ce film documentaire par l’arrivée d’un train au petit matin dans la gare de la cité allemande. Invitant le spectateur au voyage, il capte les différentes facettes de la ville à la fois frénétique, poétique, festive et travailleuse.

C’est ainsi que Ruttmann présentait son projet à l’époque :

« Berlin, la plus intéressante de toutes les villes parce qu’elle est la plus jeune des métropoles du monde, parce qu’elle est la ville encore en devenir qui n’étouffe pas déjà derrière ses façades, écrasée par sa propre monumentalité, Berlin, la ville de tous les désirs est le cœur, le thème et l’unique acteur de mon travail symphonique. Lorsqu’un jour je me fus décidé à faire de la “grande ville” le sujet d’un film, seul Berlin entra en ligne de compte car pour le cinéma considéré comme “art du mouvement”, le jeune Berlin riche de possibilités infinies était l’objet le plus photogénique. Lors des prises de vues, cette moderne hydre de pierre se montra plus capricieuse qu’une diva humaine. Le travail dura plus d’un an, jusqu’à ce que la diversité de Berlin fût fixée cinématographiquement au moyen de milliers de petites et de minuscules prises de vues. Je dus guetter en permanence avec ma caméra de détective, sans atelier, sans bâtiments fixes, dans des conditions qui rendaient ma tâche plus difficile encore, je dus pénétrer dans la vie de la grande ville, tout filmer subrepticement car aucun des objets ne devait s’en apercevoir et, se sachant “filmé”, commencer à “jouer”. » (Walther Ruttmann, B.  Z., 20  septembre 1927)

Ce que le réalisateur parvient à faire avec l’image est largement renforcé par la qualité de composition des Zenzile qui puisent dans de nombreux styles pour rendre au mieux service à l’image. Ainsi on retrouve des influences de krautrock des années 1960 et 1970, de Kosmich music, de rock psychédélique, et bien d’autres démontrant la capacité du groupe français à s’imprégner d’une culture, pour en ressortir ce qu’elle a de meilleure et de plus efficace.
Les cinq actes du film s’enchainent, et malgré le peu de pause, le public parvient tout de même à montrer son enthousiasme. La musique quant à elle, ralentit parfois (« Die Bourgeoisie »), jouant sur les textures de sons (« Der Kindergarten »), allant presque jusqu’au bruitage pour retrouver son rythme, toujours, dynamique.
Le concert se termine en véritable feu d’artifice alors que les Zenzile retrouvent finalement leurs premières amours avec ce « Die Tanz » envoûtant. Après une heure de show, le générique final apparaît, les lumières se rallument et malgré une acclamation appuyée de la part de l’assemblée il n’y aura pas de rappel ce soir. Mais cette heure de ciné-concert a suffi pour nous convaincre de la capacité de Zenzile à se réinventer, à puiser dans différentes influences pour devenir non seulement de véritables compositeurs de musique de film, mais aussi des créateurs d’univers sonores de grande qualité que l’on a plaisir à retrouver sur les onze morceaux de l’album de ce très beau projet.

Teaser :

Pour comparaison, le film avec la musique originale :


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