L’île aux trésors | Swing Easy

Swing Easy

Dans l’histoire des musiques jamaïcaines il y a des airs, des instrumentales qui sont restés, traversant les ages et les différents genres. Devenues légendaires parfois, ces musiques reprises de nombreuses fois pour créer de nouveaux morceaux, de nouvelles chansons font partie intégrante de l’évolution de la musique sur l’île. Ces instrus sont appelées Riddims, déformation du terme anglais rythm. Ici on se concentre donc sur le son et non sur les paroles, donnant plus d’importance à la mélodie parfois, au rythme d’autres fois. Faire du neuf avec du vieux en rendant hommage aux précurseurs du genre voilà comment peuvent être vu les riddims en Jamaïque.

Illustration de ces propos par un voyage musical au pays des riddims. Décollage immédiat, pour découvrir l’un des plus connus, repris quelques dizaines de fois par des artistes de toutes générations, le célèbre Swing Easy.


Soul Vendors – Swing Easy (1967)

Tout démarre avec les Soul Vendors en 1967 avec la composition de l’instrumentale qui donnera son nom au riddim, Swing Easy. Roland Alphonso, Jackie Mittoo, Johnny Moore, Lloyd Brevett, Bunny Williams et Errol Walters qui composent le groupe sont choisis par le célèbre Coxsone Dodd, propriétaire du label Studio One, pour partir en tournée en Angleterre accompagner les chanteurs Alton Ellis et Ken Boothe. La suite c’est la création de quelques instrumentales qui resteront comme les meilleures jamais jouées dans le reggae.

Swing Easy fait partie de celles-ci et nous allons voir comment cette instrumentale reconnaissable notamment grâce à son solo de cuivre a été reprise et réinterprétée par de nombreux groupes.


Dennis Brown – Spirit Of Umoja (1978)

Plus de dix ans après la première version on retrouve Dennis Brown accompagné d’Augustus Pablo au mélodica. Le titre est quasiment une instrumentale, Brown ne chantant que très peu sur ce morceau. Un dub d’une rare efficacité, on reconnait la ligne de basse, mais c’est le mélodica qui rappelle le plus le riddim en reprenant la partie des cuivres.

Umoja signifie unité en Swahili. Depuis les années 1990 c’est aussi devenu le nom d’un village kenyan géré uniquement par des femmes, les hommes y étant interdits.


Johnny Osbourne – Can’t Buy Love (1979)

Un an plus tard sort Can’t Buy Love sur un album devenu depuis légendaire, l’excellent Truth & Rights de Johnny Osbourne publié sur le label Studio One. Cette dernière information n’est pas anodine puisqu’il s’agit du même label que celui de la version originale, si on fait bien attention et qu’on tend bien l’oreille on remarque que la partie instrumentale du titre est quasiment identique à celle des Soul Vendors. Ce morceau intervient dans la carrière de J. Osbourne juste avant qu’il plonge dans la période early dancehall, il aborde tout de même ici l’une de ses thématiques de prédilection et celle de beaucoup de chanteurs de reggae (et de toutes les musiques populaires) l’amour. 


Eek-a-Mouse – Long Time Ago (1981)

Eek-A-Mouse est un chanteur à part dans les musiques jamaïcaines notamment grâce à cette voix reconnaissable entre toutes. Il est aussi le principal représentant du sous-genre du reggae appelé singjay. Entre parole, façon deejay, et chant rappelant les leaders vocaux du reggae roots, il navigue entre deux styles parvenant à de véritables prouesses vocales en matière de diction. Sur Long Time Ago, sorti sur son premier album Wa Do Dem il faut être attentif pour repérer la référence au swing easy, c’est une nouvelle fois la basse qu’il faut suivre. Seul le clavier intervient parfois pour rappeler la partie cuivre.

A noter que Eek A Mouse, bien qu’il a su marquer le reggae de son empreinte, et qu’il est encore allègrement joué en sound system a fait quelques sorties pour le moins regrettables. En 2008 notamment, lors d’une conférence de presse il tient des propos ouvertement racistes. Il décrit le reggae comme un milieu géré par les blancs où les noirs n’ont pas leur chance, n’hésitant pas à inclure des artistes métisses comme Bob Marley.  


Horace Andy – Archibella (1987)

Nous y sommes, en plein cœur du reggae digital et, une fois n’est pas coutume c’est Horace Andy qui nous y accompagne. Lui est plutôt un chanteur de reggae roots des années 1970, adepte des chansons d’amour, il a été remis sur le devant de la scène grâce à sa collaboration avec Massive Attack. Sa voix, inimitable lui permet d’aborder tous les genres. Ici donc, nous sommes dans les années 1980, pas un seul instrument acoustique ne traîne, tout se fait au clavier. Nous sommes en pleine révolution du reggae digital et malgré cet aspect futuriste, ce qui est particulièrement intéressant dans ce morceau c’est qu’il fait référence à deux morceaux bien plus anciens. Le premier, on l’aura reconnu puisque c’est le thème de notre article, c’est le swing easy, très digitalisé mais il est bien là. Le second c’est Artibella de Ken Boothe datant de la fin des années 1960 et dont Horace Andy reprend les paroles. Deux titres enregistrés vingt ans auparavant sont associés ici pour en créer un troisième. Recyclage quand tu nous tiens…


Ilements – Weh Dem A Feel Like (2013)

Pour finir on fait quelques infidélités à la Jamaïque pour se diriger vers Saint Martin petite île située au nord-est des Antilles dont la particularité est d’être en partie française et en partie néerlandaise. C’est là bas qu’a grandit Ilements, jeune artiste rasta qui a su s’imprégner de la culture de sa musique de prédilection. On reconnait ici aisément le riddim dans un style new roots ce qui illustre assez bien l’évolution de la musique jamaïcaine actuellement.

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